Des ronces plus hautes que nature, à perte de vue – un monde mystérieux plein de couloirs et de grottes. Inaccessible et impénétrable. On se sent comme la Belle au bois dormant. Suis-je le prince qui cherche à pénétrer dans ce monde endormi ? Avec une débroussailleuse et un couteau de broyage ? Non !
Il faut tout de même la détermination de l’épée du prince et une forte volonté. Le reste est profane – bienvenue dans le monde de l’actualité. Poussiéreuses, bruyantes, brutales – ce sont les méthodes techniques si primitives de la modernité – impitoyablement efficaces. Je transpire dans l’air stagnant, la poussière et les particules hachées pénètrent dans toutes les ouvertures entre les vêtements et la peau, de puissantes pointes traversent les manches et les jambes de pantalon. Même l’armure fonctionnelle moderne ne protège pas contre les blessures. La nature se défend-elle ou est-elle simplement ce qu’elle est ? Une question d’interprétation que je ne veux pas voir se retourner contre moi : c’est comme ça. Je suis l’intrus !
Et puis il se révèle, le mur « du château de la Belle au bois dormant ». Construit de main de maître, il a peut-être des siècles. Il est fier et gracieux, chaque pierre a été posée consciemment.

Qu’est-ce qui a poussé les hommes à quitter la plaine pour s’installer dans une haute vallée isolée et à s’efforcer, dans des conditions difficiles, de gagner de l’espace sur la nature pour y vivre ? L’étroitesse, la misère et la pauvreté ? Peut-être. Mais qu’est-ce qui les a poussés à construire des bâtiments si gracieux au prix d’un travail de longue haleine ? Ne pensons-nous pas que les pauvres n’ont pas de culture ? Le bricolage suffit. Ils sont pauvres parce qu’ils ne savent rien et ne peuvent rien faire ? C’est donc de leur faute ?
Ces murs rayonnent pourtant d’une dignité qui fait écho à celle de leurs constructeurs. La construction – un effort incroyable. Je le respecte !
Je m’en rends compte : l’arrogance de la raison fait si facilement fi des réalisations « primitives » des anciens. Mais autrefois, on avait encore le sens et la conscience du beau, du vrai et du bien. Aujourd’hui, tout cela a été en grande partie rationalisé – à cause des coûts ! Aujourd’hui, tout est rationnel et fonctionnel. Souvent, la véritable substance fait défaut. On ‘performe’, on ‘pousse’, on ‘fake’, beaucoup de choses ne sont rapidement plus ‘in’, totalement ‘out’ et ‘obsolètes’. Qui sont les vrais pauvres ?
Le renoncement intérieur et extérieur peut aussi être une libération…

